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Gouvernance décentralisée ou modèle classique : comparatif

Updated: 18 hours ago

La manière dont les décisions sont prises influence directement la réussite d’un projet. Deux approches principales s’opposent : la gouvernance décentralisée, qui repose sur la participation collective et la technologie blockchain, et le modèle classique, centralisé autour d’une autorité unique. Voici les principales différences :


Points clés :

  • Gouvernance décentralisée :

    • Décisions prises par les parties prenantes via des outils comme les DAO.

    • Transparence accrue grâce à la blockchain.

    • Adaptée à des équipes variées et des projets collaboratifs, mais peut être lente et complexe.

  • Modèle classique :

    • Décisions rapides grâce à une hiérarchie claire.

    • Moins de transparence, coûts administratifs élevés.

    • Convient aux organisations rigides ou projets nécessitant un contrôle strict.


Comparaison rapide :

Critère

Gouvernance classique

Gouvernance décentralisée

Vitesse de décision

Rapide

Plus lente

Transparence

Limitée

Forte

Coût

Administratif élevé

Frais techniques (blockchain)

Flexibilité

Faible

Plus élevée

Risque

Concentration du pouvoir

Failles techniques possibles

Pour choisir entre ces approches, évaluez vos priorités : rapidité et contrôle pour le modèle classique, ou collaboration et transparence pour la gouvernance décentralisée. Une solution hybride peut être un bon compromis selon la taille et les besoins de votre projet.

Gouvernance décentralisée vs classique : comparaison des critères clés

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1. Gouvernance décentralisée

La gouvernance décentralisée redistribue le pouvoir en impliquant directement les parties prenantes, au lieu de le centraliser dans une structure hiérarchique. Dans le secteur créatif, ce modèle repose souvent sur les Organisations Autonomes Décentralisées (DAO), où les décisions sont prises de manière collective par les détenteurs de tokens[3][6].

Les plateformes Web3 dédiées à la création ont progressivement évolué d'une démocratie directe vers des modèles représentatifs. Cette transition répond au "paradoxe du vote", où la complexité des décisions peut décourager la participation active[6]. Ces ajustements montrent comment les DAO adaptent leurs mécanismes pour relever les défis spécifiques du secteur créatif.

Un exemple concret est celui de Samouraï Coop. Cette organisation fonctionne comme un collectif de pairs, réunissant réalisateurs (comme Yohann Grignou), hackers, artistes, chercheurs de Gno.Land et développeurs blockchain. Ensemble, ils produisent des films et des œuvres numériques, tout en respectant des principes de gouvernance partagée[4].

La transparence, quant à elle, est garantie par l'utilisation de la blockchain et des smart contracts. Ces outils automatisent le contrôle des processus et permettent à chaque participant de vérifier les flux financiers et le fonctionnement global du système[2][3]. Une étude menée auprès de 52 créateurs numériques a révélé que la majorité d'entre eux perçoit la blockchain comme un levier pour améliorer la transparence, tout en offrant des systèmes de rémunération plus justes grâce aux tokens[2].

La décentralisation apporte également une capacité de décision locale, permettant aux pairs de réagir rapidement sans être ralentis par la bureaucratie[1][3]. Pour renforcer cette agilité, des SubDAOs (sous-groupes spécialisés) peuvent être créés. Ces entités, dotées d'une autorité sur des domaines spécifiques comme les finances, les aspects juridiques ou la post-production, permettent une gestion plus ciblée et efficace[3]. Cette structure favorise également l'inclusion d'acteurs non traditionnels, qui peuvent contourner les filtres éditoriaux habituels et répondre aux attentes de niches spécifiques.

En parallèle, les systèmes basés sur les tokens cherchent à redistribuer les revenus de manière plus équitable, en réduisant les commissions souvent élevées des plateformes centralisées[2][3]. Des initiatives comme les programmes de récompenses rétroactives, qui rémunèrent les contributeurs après la création de valeur, encouragent l'excellence et la concurrence. Cependant, la gouvernance des DAO reste complexe, et l'absence de mécanismes formels pour résoudre les litiges suscite encore des doutes. Une part importante des créateurs exprime un manque de confiance envers ces systèmes[2]. Pour répondre à ces défis, une approche combinant responsabilité indirecte et représentation peut être mise en place. Les détenteurs de tokens élisent des représentants qui supervisent des experts techniques, garantissant ainsi que les décisions complexes soient prises par des personnes qualifiées[6].

Malgré ces défis, les avantages offerts par la gouvernance décentralisée permettent d'envisager une comparaison plus approfondie avec les modèles centralisés traditionnels.


2. Modèle de gouvernance classique

Pour comprendre les nuances entre différents systèmes, penchons-nous sur le modèle classique, caractérisé par une centralisation marquée, à l'opposé d'une approche décentralisée. Ici, le pouvoir se concentre au sommet. Dans le contexte du secteur culturel français, cela se traduit souvent par des chaînes administratives complexes qui ralentissent la mise en œuvre des projets. Entre 2007 et 2021, le ministère de la Culture a vu défiler 8 ministres en moins de 14 ans, accompagnés de nombreux changements parmi les directeurs de cabinet. Cette instabilité a perturbé la continuité stratégique [7]. Ces rotations fréquentes au sommet ont mis en évidence une faiblesse structurelle, freinant les initiatives à long terme.


Structure décisionnelle

Dans les organisations traditionnelles, les décisions reposent principalement sur les dirigeants ou les conseils d'administration, souvent éloignés des parties prenantes opérationnelles. Andrew Hall et Porter Smith décrivent un modèle où les actionnaires élisent un conseil chargé de superviser les décisions techniques, évitant ainsi une surcharge décisionnelle [6]. Dans le secteur créatif français, cette centralisation est aggravée par un manque de personnel dans l'administration, créant des goulots d'étranglement. Cela complique, par exemple, le lancement de projets de restauration du patrimoine [7].


Transparence

La transparence dans ce modèle repose sur des audits, des rapports de performance et un contrôle budgétaire centralisé. Cependant, 45 % des crédits ministériels sont absorbés par les grandes institutions nationales et les salaires, laissant peu de marge pour soutenir de nouveaux projets ou acteurs créatifs [7]. Par ailleurs, les contrats de performance sont souvent signés tardivement, bien après la prise de fonction des directeurs, ce qui nuit à une gestion efficace [7]. Cette centralisation affecte également la capacité à s'adapter, un point que nous examinerons plus tard.


Flexibilité

La structure hiérarchique rigide du modèle classique freine l'adaptation aux évolutions rapides. En attribuant l'autorité de manière fixe selon le statut institutionnel, il devient difficile de réorganiser les rôles face aux changements. Andrej Zwitter et Jilles Hazenberg soulignent que les cadres juridiques peinent à suivre le rythme des innovations techniques [5]. Ce manque de souplesse est particulièrement problématique dans les industries créatives, qui exigent des approches plus fluides. Un exemple frappant est le scandale de l'eau minérale contaminée chez Nestlé Waters en 2024–2025, qui a révélé l'incapacité des structures hiérarchiques à réagir rapidement face à des crises impliquant de grands acteurs [8].


Coût

Le modèle classique s'accompagne de coûts élevés. En 2020, le ministère de la Culture comptait près de 9 400 agents, auxquels s'ajoutaient 14 000 employés dans ses divers opérateurs [7]. En 2019, le budget « Culture » représentait 2,95 milliards d'euros, tandis que les collectivités locales consacraient environ 10 milliards d'euros aux dépenses culturelles [7]. Cette organisation complexe consomme une part importante des ressources, au détriment du soutien direct aux créateurs et à l'innovation.


Avantages et inconvénients

Chaque modèle de gouvernance, qu'il soit classique ou décentralisé, a ses points forts et ses limites. Voici un tableau comparatif qui résume les principales différences :

Critère

Gouvernance classique

Gouvernance décentralisée

Vitesse de décision

Rapide – grâce à une autorité centralisée [13]

Plus lente – nécessite des consensus, des votes et des consultations [9][10]

Scalabilité

Bonne – soutenue par des structures hiérarchiques solides [3]

Difficile – les décisions fréquentes à grande échelle posent problème [9][10]

Coût

Coûts élevés – salaires et frais administratifs [13]

Coûts techniques – frais de blockchain mais moins d'intermédiaires [15]

Gestion des risques

Risque de défaillance unique et abus de pouvoir [14]

Risque d’attaques Sybil et failles dans les smart contracts [9][10]

Transparence

Limitée – décisions souvent prises en privé [9]

Forte – votes enregistrés sur la blockchain [9][12]

Ces différences mettent en lumière les choix stratégiques à faire selon les priorités et contraintes d’un projet. Par exemple, la gouvernance classique excelle par sa rapidité de décision, un atout souvent essentiel pour des projets nécessitant des réponses immédiates. En revanche, la gouvernance décentralisée, bien que plus lente, offre une transparence accrue grâce à la blockchain [13].

Comme l’explique Miles Jennings, General Counsel chez a16z crypto :

« 'Don't be evil' is very different than 'can't be evil' when a CEO decides one course or another » [3]

Cette citation illustre bien la différence entre une gouvernance basée sur la confiance et une gouvernance où les actions malveillantes sont techniquement impossibles.

Cependant, la gouvernance décentralisée n’est pas sans défauts. La concentration du pouvoir reste problématique : moins de 1 % des détenteurs de tokens contrôlent 90 % des votes. De plus, les désaccords internes sont à l'origine de 65 % des échecs de startups [10].

Enfin, les coûts varient aussi grandement. Par exemple, un virement bancaire de 5 000 € peut coûter environ 125 €, alors qu’un transfert Bitcoin revient à seulement 1 €. Mais la sécurité reste un défi : les piratages dans l’écosystème Web3 ont causé 718 millions de dollars de pertes rien qu’au deuxième trimestre 2022 [11].


Cas d'usage dans la production créative et médiatique

Analysons comment les modèles traditionnels et émergents se concrétisent dans la production créative et médiatique. Les studios classiques, avec leur structure hiérarchique, centralisent les décisions, ce qui réduit l'autonomie des créateurs.

Le Web3, quant à lui, bouleverse cette approche en éliminant les intermédiaires. Grâce aux NFTs et aux smart contracts, les créateurs peuvent interagir directement avec leur audience tout en conservant un contrôle total sur leur propriété intellectuelle [16]. Lex Sokolin, économiste en chef chez Consensys, explique :

« Web3 est un mouvement qui combine des innovations technologiques avec une révolution dans l'organisation sociale... Les DAO et les NFTs communautaires instaurent une collaboration plus fluide et partagée, redéfinissant ainsi la créativité. » [17]

Un exemple concret de cette transformation est Samouraï Coop. Ce réseau pair-à-pair regroupe des talents issus du cinéma, de la technologie et du design. En alliant production audiovisuelle et développement de dApps, Samouraï Coop permet à ses membres de participer aux décisions stratégiques tout en favorisant un partage des savoirs entre disciplines.

Une étude menée auprès de 52 créateurs numériques actifs montre que beaucoup apprécient la liberté et la redistribution des revenus qu’offrent les plateformes décentralisées. Cependant, certains restent sceptiques face aux mécanismes actuels de résolution des conflits [2]. Par ailleurs, le marché mondial des réseaux sociaux d'entreprise et des communautés en ligne devrait passer de 9,37 milliards de dollars en 2024 à 26,27 milliards de dollars d'ici 2031, avec une croissance annuelle de 15,9 % [19].

Ces avancées remettent en question les structures hiérarchiques traditionnelles. Caitlin Keeley, directrice créative exécutive chez The Local Collective, interroge cette transition :

« Et si nous dépassions les anciennes idées de leadership et les systèmes hiérarchiques de travail ? Et si les nouvelles façons de travailler étaient plus profondément collaboratives ? Et si nous disions au revoir à la créativité du héros solitaire ? Et si nous passions des égosystèmes aux écosystèmes ? » [18]

Cette réflexion illustre le passage du concept de « génie individuel » à celui de « scenius » – une intelligence collective qui émerge d’une communauté plutôt que d’un individu [18].


Conclusion

Pour récapituler, le choix entre une gouvernance décentralisée et un modèle centralisé repose sur plusieurs facteurs : la taille de votre équipe, vos objectifs, et la nature spécifique de votre projet.

Les structures centralisées offrent des avantages pour les petites organisations cherchant à optimiser la rapidité d'exécution, à maintenir un contrôle strict sur leur image de marque et à réduire les coûts. En revanche, la décentralisation est plus adaptée aux grandes structures qui nécessitent une expertise variée, davantage de flexibilité, et une interaction directe avec leur communauté.

Pour les créateurs, tout est une question d'équilibre entre autonomie et efficacité. Si votre projet exige un contrôle rigoureux de l'image de marque, des accords de confidentialité ou une hiérarchie claire, un modèle centralisé reste pertinent. À l'inverse, si vous privilégiez une organisation collaborative, résistante à la censure et soutenue par un réseau élargi de contributeurs, la gouvernance décentralisée pourrait être la solution idéale.

Andrew Hall et Porter Smith, d'a16z crypto, expliquent cette dynamique en ces termes :

« En demandant moins aux électeurs, la démocratie représentative peut en réalité les autonomiser davantage, en canalisant et en concentrant leur activité pour encourager la participation et empêcher les groupes d'intérêts concentrés de capturer le système » [6]

Une approche hybride, combinant décentralisation et représentation, apparaît comme une solution pragmatique pour des projets créatifs complexes.

Il est essentiel d’évaluer les compétences de votre équipe et la complexité de votre projet. Une équipe spécialisée, suivant des procédures standardisées, fonctionnera mieux dans une structure centralisée. En revanche, une équipe généraliste, capable de relever des défis créatifs et variés, prospérera dans un cadre décentralisé. Une décentralisation progressive peut également être une stratégie judicieuse : commencer par un contrôle centralisé, puis transférer progressivement le pouvoir à la communauté une fois la stabilité atteinte [3].

En fin de compte, le succès repose sur une organisation bien pensée, alignée sur les besoins réels de votre projet créatif.


FAQs


Quels sont les principaux atouts de la gouvernance décentralisée dans les projets créatifs ?

La gouvernance décentralisée apporte une liberté d'action et une transparence qui transforment la manière dont les projets créatifs sont menés. Grâce à ce modèle, les créateurs et les participants peuvent prendre des décisions collectivement, qu'il s'agisse de définir les orientations du projet, de répartir les revenus ou d'établir les règles de participation. Tout cela se fait sans dépendre d'une autorité centrale. La technologie blockchain joue ici un rôle clé, en garantissant une traçabilité et une vérifiabilité des transactions et des votes, renforçant ainsi la confiance au sein de la communauté.

Ce modèle encourage également une collaboration active. Chaque contributeur peut s’impliquer directement dans la conception, ce qui ouvre la porte à une diversité d’idées et à une dynamique créative enrichissante. En plus de cela, cette approche participative renforce le sentiment d’appartenance, car chacun se sent acteur du projet.

Enfin, la mutualisation des ressources dans des communs numériques réduit les barrières financières. Cela facilite l’accès aux outils, encourage le partage et permet une répartition plus équilibrée des bénéfices. Résultat : les intérêts de tous les acteurs s'alignent sur un objectif commun, celui de garantir le succès collectif.


Quels sont les principaux écarts de coûts entre la gouvernance classique et décentralisée ?

Dans une gouvernance classique, les dépenses sont principalement associées à des structures hiérarchiques bien établies. Cela inclut les salaires des cadres, les frais administratifs, les coûts liés aux infrastructures centralisées comme les serveurs, les locaux et les logiciels propriétaires, ainsi que les dépenses de conformité juridique. Ces coûts ont tendance à être fixes et prévisibles, car ils sont pris en charge par une entité centrale qui supervise l’ensemble des opérations.

En revanche, la gouvernance décentralisée fonctionne différemment. Ici, les charges sont réparties entre les participants. Grâce aux décisions collectives et à l’utilisation de technologies comme la blockchain, les frais d’administration centralisée sont considérablement réduits. Cependant, ce modèle introduit des coûts variables, tels que les frais de transaction (appelés « gas »), la maintenance des smart contracts et les récompenses pour les contributeurs, souvent distribuées sous forme de tokens. Ces dépenses permettent de se passer des intermédiaires traditionnels, mais elles dépendent fortement de l’activité du réseau et peuvent fluctuer en fonction de la volatilité des tokens.

Ainsi, la gouvernance classique repose sur des coûts fixes élevés, tandis que la gouvernance décentralisée privilégie des frais variables, mieux adaptés aux projets collaboratifs où la communauté joue un rôle central.


Quels sont les principaux défis de la gouvernance décentralisée dans les DAO ?

La gouvernance décentralisée des DAO (organisations autonomes décentralisées) s'accompagne de défis complexes, liés à leur fonctionnement sans autorité centrale et à l'utilisation de la blockchain.

D'abord, la confiance repose sur deux piliers : le code (smart contracts) et les interactions humaines hors-chaîne. Cette double exigence peut rendre la coordination délicate. D'un côté, il faut garantir une infrastructure technique fiable ; de l'autre, il faut instaurer une collaboration harmonieuse entre les membres. Par ailleurs, des vulnérabilités dans le code ou des cyberattaques peuvent menacer non seulement la sécurité des fonds, mais aussi la légitimité des décisions prises.

Un autre obstacle majeur réside dans l'absence de cadre juridique clair. Les DAO ne rentrent pas facilement dans les catégories juridiques traditionnelles (association, société, etc.), ce qui complique la définition des responsabilités des membres et la protection des investisseurs. De plus, la gouvernance tokenisée peut créer des déséquilibres de pouvoir. Lorsque les tokens se concentrent entre les mains de quelques participants, cela peut réduire la diversité des voix dans les processus décisionnels. Sans oublier les coûts élevés des transactions (gas fees) et la lenteur des opérations on-chain, qui freinent l'efficacité des décisions.

Pour contourner ces obstacles, de nombreuses DAO adoptent des modèles hybrides, mêlant outils technologiques, mécanismes de gouvernance hors-chaîne et solutions juridiques adaptées à leur fonctionnement.


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